la droite au pouvoir

Historiquement, en France, les Transports et l’Intérieur se sont toujours affrontés sur les questions de sécurité routière. Et, progressivement, étape par étape, l’Intérieur a gagné. Commencé en 1972 avec la création d’une Délégation interministérielle confiée à un ingénieur des Ponts, le trajet, malgré tout, a pris du temps. En 1984, la nouvelle Direction de la sécurité et de la circulation routières coupe le lien organique avec le corps des Ponts, tout en dotant le Délégué interministériel d’une direction d’administration centrale. Alors, les délégués cessent d’être des ingénieurs : administrateurs civils issus de l’ENA, magistrats, universitaire même ont occupé ce poste. Et en 2010, le transfert à l’Intérieur d’une DSCR à la tête de laquelle deux préfets se succèdent vaut comme capitulation d’un ministère des Transports qui ne porte même plus ce nom.
Mais la seule tutelle de l’Intérieur ne vaut pas comme garantie d’une politique exclusivement répressive. Ainsi, alors que, en Grande Bretagne, la sécurité routière reste de la compétence du department for Transport, en Espagne, un pays dont les structures publiques sont proches des françaises, la Dirreción general de Tráfico, en charge de la question, dépend du ministère de l’Intérieur. Pourtant, à sa tête, on trouve depuis février dernier María Seguí Gómez, docteur en médecine, universitaire spécialiste de la prévention, l’équivalent, en somme, d’un Bernard Laumon. Rien de tel à la DSCR : même si l’information reste à confirmer, même s’il reste au nouveau titulaire potentiel à accepter ce poste, il semble que le gouvernement ait fait son choix, et donné la sécurité routière à Frédéric Péchenard.

Se débarrasser des hauts fonctionnaires considérés à la fois comme trop puissants et comme trop proches de l’ancien pouvoir relève certes des priorités habituelles des majorités nouvelles. A l’Intérieur, ils sont trois, et Frédéric Péchenard se distingue. En effet, le gouvernement socialiste n’hésite pas à révoquer le préfet de police de Paris à un an de sa retraite, ni à attribuer un placard au chef des anciens renseignements généraux. Il confie, à l’opposé, une direction centrale au patron de la police, et le pouvoir qui va avec. Avec Frédéric Péchenard, titulaire d’une maîtrise de droit obtenue à Paris II – Assas, laboratoire d’idées de la droite et de l’extrême-droite françaises, la gauche termine le travail de Claude Guéant, et nomme à la sécurité routière un policier qui, à l’inverse, par exemple, d’un Alexis Marsan, patron ouvert et pragmatique des compagnies motocyclistes de Paris, ignore tout de cette question, et n’a jamais eu d’autre expérience que répressive.
Depuis 2002, en cherchant à rassurer l’électorat habituel de la droite, les retraités et les mères au foyer, en stigmatisant délibérément les catégories les plus éloignées de celui-ci dans l’espace social, et avant tout les motocyclistes, la politique de Nicolas Sarkozy s’inscrivait dans une logique étroitement électoraliste. La nomination de Frédéric Péchenard a un sens, et marque l’intention du nouveau pouvoir de continuer la politique de l’ancien, la répression massive et exclusive, tout en avalisant les positions extrémistes des tenants la violence routière. Ce qui pose un défi à la rationalité, tant on voit mal quel profit électoral la gauche pourrait bien tirer de ce choix. Sans doute, à défaut de meilleure explication, faut-il s’en remettre à l’ignorance, et à la négligence. Une négligence qui pourrait rapidement se montrer criminelle.