démocratie suisse

Petit pays dont le corps électoral comprend un peu plus de cinq millions de citoyens, la plus vieille démocratie du monde, en plus de sa neutralité, de son souverainisme sourcilleux, et de ses quatre langues officielles, un principe qui masque mal la domination sans partage de l’allemand, accumule les singularités. L’une d’entre elles, qui suscite souvent cette perplexité mêlée de condescendance que la grande presse nationale adopte lorsqu’elle s’intéresse aux petits, définit le droit d’initiative populaire. Grâce à celui-ci, les citoyens peuvent jouer un rôle qui appartient le plus souvent au gouvernement et au parlement, et obtenir qu’une mesure qui leur importe soit inscrite au calendrier électoral. Il suffit pour cela que la proposition recueille, dans un délai de dix-huit mois, 100 000 signatures, soit le soutien d’un électeur sur cinquante. Dès lors, chacun peut tenter sa chance, et les Suisses votent trois ou quatre fois par an.
IG Motorrad, l’association suisse de défense des motocyclistes, s’est engagée dans cette voie. Déposée en février dernier, l’initiative pour les motos et les scooters – les Töffs et les Rollers, dans la principale langue de la confédération – porte des revendications largement partagées, le droit de remonter les files de véhicules à l’arrêt, d’utiliser les voies réservées aux bus, de disposer de places de parking adaptées et, plus généralement, la lutte contre la discrimination à l’encontre des motocyclistes, et pour le libre choix de son moyen de transport. Il lui reste un an et un mois pour recueillir ses 100 000 signatures.

On l’ignore souvent, mais des procédures de ce type ne sont pas inconnues en France. La mairie de Paris offre ainsi à ses administrés un droit « d’interpellation ». Pour en profiter, il faut d’abord rassembler dans un délai d’un an les signatures d’un parisien majeur sur cent, sans critère de nationalité. Cette formalité une fois remplie, la proposition sera examinée par la Commission parisienne du débat public. Présidée par un Conseiller d’État, la commission comprend treize membres, tous nommés par le maire de Paris. Il lui appartient de donner suite, ou pas, selon des critères qui restent mystérieux, à cette demande. La suite, au demeurant, tournera assez vite court, puisque ce droit que la ville de Paris a l’immense bonté d’accorder à ses administrés se limite, une fois tous les obstacles franchis, à faire inscrire leur demande à l’ordre du jour d’un conseil municipal. Il est vrai que la démocratie, parfois, c’est dangereux. En assurant la tutelle du citoyen, en lui fournissant des succédanés d’expression directe, on peut bien mieux dormir, l’âme en paix et la conscience tranquille.