La droite au pouvoir 2

Ce samedi 22 septembre, l’Europe motarde avait rendez-vous à Bruxelles. Il s’agissait de montrer aux membres du Parlement européen, l’enfant turbulent de la famille européenne, son opposition résolue à un projet de directive par laquelle la Commission, fidèle à ses habitudes, veut imposer aux citoyens une peine uniforme, et renforcée. Désormais, tous les véhicules à moteur pourvus d’au moins deux roues seraient en effet contraints de subir un contrôle technique périodique dont il a été amplement démontré, dans les pages de Accident Analysis & Prevention en particulier, qu’il n’avait aucun effet positif sur la sécurité, et de le subir chaque année, pour peu que leur véhicule ait plus de six ans. En Île de France, les hostilités ont commencé un peu plus tôt, par l’une de ces actions qui doivent rappeler des souvenirs aux pères fondateurs de la FFMC.

Le samedi devait moins être consacré à une manifestation classique qu’à une distribution de tracts destinés aux automobilistes, directement concernés eux aussi par les manœuvres de la Commission, puisque celle-ci prévoit de doubler la fréquence de leur contrôle technique. Prise en charge aux portes de Paris par les diverses antennes régionales, cette distribution devait se conclure par un défilé qui aurait amené les participants à se retrouver en un point central, avant la dispersion. Habituellement, le Trocadéro est mis à contribution à cet effet : mais ici, le pouvoir ayant par précaution interdit certains lieux aux manifestants, de peur de se retrouver aux prises avec des barbus vociférants mais malgré tout, eux aussi, pourvus de droits, la FFMC avait accepté un tout autre parcours. Partant comme de coutume de Vincennes, il s’agissait donc de rejoindre la Bastille pour finalement converger vers la place de l’Opéra. Une manifestation routinière, en somme, qui n’avait rien pour inquiéter le pouvoir et n’aurait sûrement pas ému un Michel Gaudin, débarqué à un an de la retraite et avec lequel, en matière de manifestations, les choses se sont toujours passées très civilement.

Mais le pouvoir a changé. Après une interminable attente avenue Daumesnil, avant d’accéder à la place de la Bastille, et qui a fait craindre, au mépris du droit, une interruption brutale du défilé, la manifestation a repris son cours pour buter, rue de Rivoli, place de l’Opéra, sur un déploiement de CRS d’une ampleur inconnue. Là ou, en effet, la Préfecture se contentait d’envoyer quelques policiers d’une compagnie d’intervention marquer symboliquement le lieu de la dispersion, à l’Opéra, des CRS en rang serré, hommes et véhicules, bloquaient la plus grande partie des issues, au point qu’on se se demandait par où diable on allait bien pouvoir rentrer chez soi. En choisissant, à la première occasion qui leur est donnée, la défiance envers un mouvement qui n’est pourtant pas né d’hier, et la démonstration de force, les autorités nouvelles ne font pas seulement la preuve d’un amateurisme pétochard  : elle s’inscrivent parfaitement dans la continuité de ce siècle qui voit, pour l’heure, en France, en Europe, dans bien des pays de l’OCDE, un rabotage constant et minutieux des libertés publiques, et ne montrent aucune intention de modifier cette tendance.