MEP ride 2013, le texte

La dernière semaine de juin permet de participer à un événement motard qui ne connaît aucun équivalent. À cette époque la FEMA, la fédération européenne des mouvements motards, organise en effet depuis 1996 la MEP ride ; celle-ci rassemble au prétexte d’une sortie, cet acte fondateur de la sociabilité motarde, des militants des diverses organisations européennes, et, eurodéputés en tête, les membres d’institutions européennes de tout genre intéressés, à un titre ou l’autre, par la moto. Mais il ne s’agit pas, comme pour les opérations « motard d’un jour », de réussir à asseoir élus et hauts fonctionnaires sur une selle, afin qu’ils partagent au moins une fois, et pour quelques heures, le quotidien du citoyen, et expérimentent sur eux-mêmes les conséquences des décisions qu’ils prennent. Même si certains y participent par curiosité, en passagers, la MEP ride réunit d’abord des motards : cette année, à l’exception de la slovène Tanja Fajon, tel était bien le cas de tous les eurodéputés. Bernd Lange, amateur d’anciennes et en particulier de BMW, Wim van de Camp, toujours vêtu de son cuir de compétition même s’il a troqué sa R1 contre une Harley, n’étaient que les figures les plus connues d’une sortie qui a réuni sept parlementaires, un record, sans doute.

Mais il faut se méfier des discours enchantés. Imaginée au sein de la FEMA, organisée avec l’aide de l’ACEM et de sa branche belge, la FEBIAC, la sortie s’accompagne aussi de dépenses significatives, puisque les importateurs mettent à la disposition des participants une quantité significative de machines de l’année, livrées par semi-remorques et mises en place grâce à des militants, dirigeants de la FEMA, des MAG britannique, irlandais et belge, du BVDM allemand, mais surtout d’une FFMC fort bien représentée, en plus d’un valeureux adhérent de la FFMC 91, par le Nord et le Pas-de-Calais. Les wallons, locaux de l’étape, tout occupés par leur géguerre stérile contre le mouvement motard en général et la FEMA en particulier, se font remarquer par leur absence. En somme, comme souvent, l’industrie fournit les munitions et l’intendance, avec, le soir venu, le sympathique raout dans les locaux de la FEBIAC, et les organisations militantes, les bras.
C’est que l’expérience, sans doute, a instruit la FEMA, et lui a appris que les eurodéputés et hauts fonctionnaires européens, quand bien même ils seraient motards, ne participent pas à ce genre de manifestation sans y trouver leur intérêt. En l’espèce, malgré le temps incertain et la température décourageante, et en l’absence de pluie, ils sont venus, et nombreux ; cette participation, et les contacts divers qu’elle autorise, reste la clé du succès d’une manifestation qui, au fond, sert essentiellement à ça. Encadré par un service d’ordre d’une efficacité aussi impressionnante que bienvenue, et par un bien faible nombre de policiers, le cortège, démarré en fin d’après-midi, a parcouru tout Bruxelles, partant du Cinquantenaire pour rejoindre l’Atomium, au nord-ouest, faisant un détour par le palais royal et le sud, longeant le canal de Charleroi, avant de prendre fin avenue de Tervueren. Un tel parcours ne peut que susciter des comparaisons pour l’habitué des manifs parisiennes de la FFMC, même s’il est plus long, plus rapide et, comprenant à peine plus d’une centaine de participants, bien moins étoffé que celles-ci. Et la surprise vient avant tout du public, et de son indifférence.

À Paris, les manifestations du samedi après-midi fournissent aux badauds un spectacle inédit, et massivement apprécié, qui les change de la corvée des courses hebdomadaires, un spectacle qu’ils regardent, et qu’ils photographient. À Bruxelles, en semaine, à 19 heures, on rentre chez soi, et on ne se préoccupe pas du reste. On y croise aussi, comme à Paris, ces piétons obstinés, qui traversent la rue en dépit du bon sens dès que leur feu passe au vert, se moquant bien du caractère exceptionnel de ce qui se déroule sous leurs yeux, et parfaitement indifférents aux consignes policières. Mais à Paris, on ne connaît pas encore ces cyclistes zigzagant au milieu du défilé, attendant sans doute, protégés de la seule certitude de leur bon droit, qu’on s’arrête pour les laisser passer. À Paris, on ne capte toujours pas le regard du cycliste dévalant un sens interdit, scandalisé à la vue de cette débauche de fureur mécanique. Rien de tel que la vertueuse indignation du bien-pensant pour rappeler aux motards, et même aux membres démocratiquement élus d’un parlement transnational, à quel point ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour défendre leur droit à être traités en citoyens ordinaires.