La droite au pouvoir, acte 3

Appeler à une manifestation régionale en ce samedi 1er février relevait d’un pari audacieux. Mais le calendrier des élections municipales imposait de se faire entendre très tôt dans la saison, et donc de courir le risque d’avoir à le faire sous la neige. Le thème, aussi, spécifiquement parisien, l’insuffisance de l’offre de stationnement pour les deux-roues motorisés, pouvait paraître étroit.

Pourtant, comme toujours, il recouvre une question bien plus large. Car il s’agissait, en fait, de manifester contre l’hypocrisie, celle en particulier des professionnels incontestés de la chose, les élus EELV. Aucun responsable politique local ne peut en effet ignorer combien, aujourd’hui, à Paris, après dix ans durant lesquels Bertrand Delanoë, patiemment, méticuleusement, sadiquement même, a réduit les possibilités de mouvement des véhicules à moteur, sans deux-roues motorisés, plus rien ne bouge. Aussi des places, il y en a, et en grand nombre, mais pas partout : devant Bercy, dans cette petite rue de Lille colonisée par la Caisse des Dépôts, rue du Louvre, rue d’Anjou, en ces lieux où pullulent les emplois dans la finance. Il faut bien, après tout, qu’un Ramon Fernandez puisse garer son MP3 sans courir le risque d’être redevable envers sa propre administration. Pour le stationnement résidentiel des citoyens ordinaires, par contre, pas de quartier : les sans-grade, traités comme des banlieusards, n’ont qu’a prendre le métro.

Et comme il n’y a pas de saison pour les braves et que, finalement, l’air était à peine frais et le temps clair, ils sont venus nombreux, et bien au-delà des espérances d’organisateurs de bien peu de foi. En somme, une manifestation idéale si, une fois de plus, le misérable petit satrape qui officie à la Préfecture n’avait décidé de faire payer aux faibles leur vulnérabilité : mobilisant, comme il sait si bien le faire, une compagnie de CRS pour entraver la dispersion pacifique de manifestants parvenus au terme de leur parcours devant l’Hôtel de Ville, bouchant, y compris pour les automobilistes, toutes les issues sauf celle qui obligeait à revenir sur ces pas, il a ainsi confirmé sa conception de la démocratie, celle d’un régime gouverné par l’Intérieur, où la police peut, sans souci, faire courir des risques potentiellement mortels à la population du moment que ses méfaits restent dans la lettre de la loi.

En cela, on imagine qu’il obtiendra sans difficulté l’accord de son hyper-ministre, désormais personnellement en charge de la sécurité routière puisque le dernier délégué interministériel a quitté son poste voici deux mois sans être remplacé. La propriété de la seule statistique de sécurité dont on peut être sûr que, sur le long terme, sa tendance restera à la baisse est aujourd’hui quelque chose de trop précieux pour être confiée à qui que ce soit. En cela, comme dans tant d’autres domaines, la leçon de Nicolas Sarkozy a été parfaitement retenue.